Fuse I

Qui niera l’amertume de ce siècle où l’ennui était intolérable ?
Les enfants se virtualisent dans des connections inouïes,
Le kodo que je chevauchais était plus réel que la pluie.

Dans l’absurde de la famille je me suis découvert des envies,
Qui dépassaient les écluses d’être diverti. 
C’était la puissance d’être triste,
D’être dans le corrosif de mes souvenirs inassouvis.

Maintenant j’attends les joies de la magie
De la ville brassée à l’histoire oubliée.
Et il n’y a que l’eau qui reste fraîche,
Et je n’ai pas toujours le courage de me débarbouiller…
 
À votre énergie je reste miroitant,
Et tant soit la verve du fini,
Mes vagabonds.

Ibrahim Maalouf

Dans les timbres des trompettes de couleurs nouvelles
La sensation déversée d’être au bout d’un cycle
Qui n’a ni fil ni sens : un condensé conique
Avec dans sa pointe une conscience plus que rebelle

Quel sommeil adopté par un repos pareil ?
Une fatigue chronique jaillira nécessairement
Dans les minuscules muscles de cet appareil
D’où sort le tremblant surplomb d’éveil et d’argent.

Drama

C’était sur la Place Flagey
Il avait de très beaux cils et de jolis mots
C’était un ami de Calixte mais m’appelait David

J’étais déluré et dévergondé
Il était ébahi et enchanté

Nous n’avions pas manqué une seule journée de soleil
Nous promenions d’absentes merveilles
Près des joueurs d’échecs

Fuse II

Je suis sur la pente vertigineuse des jolies filles
Qui reconnaissent en moi une plaisante force.
Jamais je n’ai entendu de mélancolie aussi modeste
Et je me promets de retenir ceci :
La drogue est dulcinée aux abysses de nos ressentis.

Qui est cette discrétion qui me rend curieux ?
Quand ce n’est pas l’or de la foule ce sont ces grandes lumières bleues.
J’ai décidé de ne pas céder à l’ennui et ce fût facile.
Qui est ce démon qui se joue moi ?

Je patiente simplement pour ce quart de lune pastille bleue
Et l’avenir s’étend radieux,
La foule calmée appelle la sympathie des Dieux.
Rions encore une fois aux garçons qui épluchent ma réciprocité
Et aux filles qui ne dansent qu’à moitié.

Yessaï

Les poètes font pour nous ce travail cathédrale
Toujours parti toujours pleurant
Devin lubrique langoureux malade mental,

Ils réalisent les bons et les mauvais instincts,
Publié comme par enchantement
Leurs chants finissent dans des livres éteints.

Eux ils sont purs et forts et surtout déjà morts,
Tout leur est permis,
Ils n’ont plus d’amis plus de dettes plus d’envie de mort.

Ils s’entassent ou s’immiscent avec fantaisie
Dans la magie du temps présent :
Justifiant le noir nous buvons la cire des bougies.

2k15

Je n’ai pas sué ma dernière mue :
Au versant du conscient s’endort
L’eau douce de la soif incolore
Dans lequel l’aquarelle se dilue.

Recherche l’étymologie du mot swaps
Si jamais la peur métamoderne du lent
Te cloue comme un arbre sur un banc,
Ou comme un itinéraire sur Google Maps.

Je n’ai pas encore le grave du sacrifice :
Une nuit entière sur l’écran d’ordinateur
Ce n’est jamais qu’un autre quart d’heure
Dans le sempiternel retour du Quo Vadis.

Suis-je le parasite de l’apparat ou le lévite ?
Papillonnant du regard ce qu’il reste de Belgique :
Carrefour City – écrans tactiles folies ethniques –
Avez-vous oublié que déjà votre santé hésite ?

Germain Nouveau

J’aime, au marché du midi, le dimanche,
Promener la grisaille par mes beaux habits
En prévoyant le printemps, les dames,
Les fleurs dans les allées de macadam…
J’irai m’asseoir un thé à la menthe
Sous le pont où l’on papote en mille langues
Pour me plaindre des merdes qu’ils vendent
Vêtements de Chine et anonymes mangues…
Et je ne concevrai toujours pas le désir –
D’être riche, car bourgeois nous le sommes d’empire…

Fuse III

Amuse-gueules des tyrannies à venir :

Ne supportons plus les moratoires sur les personnes âgées.
Être mort est tellement plus beau
Que de s’accompagner du passé alambiqué
De nos rêves perdus,
Et je crois en la survivance de nos extravagances
Dans l’espace résonnant.

Ni les anges ni les mages ne s’imaginent
Les propositions délavées que la vie m’impose.
C’est kamikaze d’écouter ces vies délacées
Et trébuchantes d’acceptances encastrées.

Ne cédons pas aux bijoux de la durée,
Tant que rien ne dure plus que la rançon temporaire de l’inconnu…
Pensons aux charbons qui ont tant brûlés dans les maisons ouvrières
Et la chicorée des courageux,
Sur lesquels danse aucune mémoire,
Mais un certain atavisme…

Paix aux avenirs amusés !